La croissance du PIB de la France au 1er trimestre est confirmée à +0,2 % (après +0,3 % au T4 2023), d’après les résultats détaillés des comptes trimestriels publiés par l’Insee. Cette estimation n’est pas révisée à l’arrondi par rapport à la première estimation publiée le 30 avril : une moindre contribution de la demande intérieure (révisée de −0,3 pt, notamment du fait de la consommation) est compensée par une révision haussière du commerce extérieur (+0,2 pt). Ce dernier contribue positivement (+0,2 pt) mais la consommation reste atone (+0,1 %) et l’investissement se replie (−0,4 %).

La croissance annuelle en 2023 est estimée à +1,1 % (+0,9 % en brut) dans la première publication des comptes nationaux annuels (+0,2 pt par rapport à l’estimation issue des comptes trimestriels le 30 avril).

Au 1er trimestre 2024, l’emploi salarié augmente avec +75 100 créations nettes d’emploi (+0,3 %), après avoir été stable au trimestre précédent (+0,0 %). Il dépasse ainsi de +0,7 % son niveau d’un an auparavant et de +5,2 % son niveau d’avant la crise sanitaire, qui était alors au plus haut depuis 10 ans.

La confiance des ménages est stable en mai après une petite baisse en avril (inchangé à 90 après −1 pt) et reste au-dessous de sa moyenne de long terme (100) ; le solde sur l’opportunité de faire des achats importants est quasi-stable en mai (+1 pt à −32 après +1 pt) mais reste loin de sa moyenne de long terme (−15).

La consommation des ménages en biens baisse nettement en avril après un mois de mars en hausse (−0,8 % de variation mensuelle en volume, après +0,5 %), d’après l’Insee.

•  Les ventes dans le commerce de détail reculent en avril (−0,5 % en variation mensuelle et volume cvs-cjo après s’être améliorées en mars à +0,7 %) d’après les chiffres de la Banque de France et demeurent toujours en-dessous de leur niveau d’avant-crise (à −3,6 % par rapport à la moyenne de 2019).

Zoom sur l’évolution trimestrielle du PIB et ses contributions

Publiés le 31 mai, les résultats détaillés des comptes nationaux, rebasés en base 2020 (voir encadré méthodologique), confirment une croissance de l’activité à +0,2 % au 1er trimestre 2024 (après +0,3 %, révisé de +0,2 pt). L’acquis de croissance pour 2024 (c’est-à-dire la croissance qui serait obtenue en l’absence de progression sur le reste de l’année) est ainsi porté à 0,6 %. 

Par composantes de la croissance, si le commerce extérieur continue de contribuer significativement à la croissance (+0,2 pt), les stocks baissent à nouveau en miroir et atténuent cet effet. Les exportations ont accéléré à +1,2 % (après +1,0 %) ; elles ont en particulier bénéficié du rebond des produits agricoles et des matériels de transport. Cet accroissement dépasse ainsi la légère reprise des importations (+0,4 %), qui restent marquées par deux trimestres de repli, permettant une nouvelle contribution positive du commerce extérieur à la croissance du PIB (+0,2 pt après +1,0 pt). La demande intérieure serait en revanche marquée par l’atonie de la consommation (+0,1 %) et par le repli de l’investissement (−0,4 %) : la FBCF des ménages continuerait de baisser (−1,4 % portant l’acquis pour 2024 à −4,5 %) et l’investissement des entreprises se replierait également pour le deuxième trimestre consécutif (−0,5 % après −1,1 %). La dépense publique apporterait un soutien significatif à l’activité du trimestre (+0,6 % pour la consommation comme l’investissement publics).

Par secteurs institutionnels, le revenu disponible brut des ménages (RDB) reste dynamique au 1er trimestre 2024 (+1,2 % après +1,3 % au 4e trimestre). Cette croissance est soutenue par la revalorisation de certaines prestations sociales (retraites de base) et, dans une moindre mesure, par la progression de la masse salariale, bien qu’elle ralentisse en raison du contrecoup lié au versement d’une prime pour les fonctionnaires au 4e trimestre 2023. Le déflateur de la consommation accélère légèrement (+0,6 % après +0,3 % en CVS-CJO), ralentissant le pouvoir d’achat des ménages au 1er trimestre 2024 (+0,6 % après +1,0 %). Dans un même temps, la consommation des ménages, déjà timide, ralentit (+0,1 % après +0,2 %) si bien que le taux d’épargne augmente (17,6 % au 1er trimestre 2024 après 17,2 % au 4e trimestre 2023) et reste supérieur à son niveau d’avant-crise (+15,0 % en 2019). Le taux de marge des sociétés non financières recule nettement, pour s’établir à 32,1 % (après 33,3 % au 4e trimestre), tiré à la baisse par les branches manufacturières. Ce repli s’explique principalement par la baisse du prix de valeur ajoutée et le recul des subventions.

Sur l’ensemble de l’année 2023, la croissance de l’activité mesurée par l’Insee s’élève à +1,1 % une fois corrigé des jours ouvrés (mais +0,9 % sur la série brute mise en avant par l’Insee). A un rythme infra-annuel, l’activité connait notamment une accélération par rapport à une année 2022, année pour laquelle la croissance annuelle était essentiellement portée par l’acquis du rebond de 2021 (+6,9 %).

Encadré : Les comptes nationaux changent de cadre méthodologique

Les procédures d’estimation des comptes nationaux sont régulièrement revues pour tenir compte des mutations de l’économie, de l’évolution des sources statistiques exploitées et des nouvelles méthodes d’estimation. Ces révisions, appelées « changement de base » impliquent une révision complète des séries des comptes nationaux depuis 1949. Le 31 mai marque la transition vers la base 2020, la dernière révision remontant à 2017, avec la publication des comptes en base 2014.

Cette nouvelle base intègre les recommandations européennes d’Eurostat mais conserve le cadre conceptuel du SEC 2010 (Système européen de comptabilité) et du SCN 2008 (Système de comptabilité nationale). L’ensemble des séries sur la période couverte (1949-2023) seront réestimées, induisant des changements possiblement majeurs sur le niveau des agrégats, mais plutôt modérés sur leurs évolutions.

En particulier, certains chantiers menés par l’Insee sont significatifs en raison des changements de périmètre qu’ils induisent et de leur impact sur les finances publiques, les composantes du PIB et le revenu des agents économiques. L’Insee a publié une large documentation sur la méthodologie.