Dans son enquête de conjoncture à début juin, la Banque de France table sur une croissance du PIB comprise entre +0,0 % et +0,1 % pour le 2e trimestre 2024. Pour le mois de mai, l’enquête montre une progression des services marchands mais un recul de l’activité dans l’industrie et la construction, du fait notamment du positionnement des jours fériés.

Au 1er trimestre, l’indice du salaire horaire de base des ouvriers et des employés a progressé de +1,4 % dans les entreprises de plus de 10 salariés et augmente de +3,7 % en glissement annuel. Il augmente à la fois dans l’industrie (+1,7 %), dans les services (+1,3 %) et dans la construction (+1,4 %)

Les créations d’entreprises continuent à progresser et atteignent un record en mai (+3,3 % après +1,6 %, corrigées des variations saisonnières), soutenues par les créations de micro-entreprises (+3,9 % après +3,3 %) et d’entreprises classiques (+2,2 % après −1,5 %) ; elles augmentent globalement de +5,8 % en glissement annuel.

Zoom sur l’impact du changement de base sur la valeur ajoutée industrielle 

Le passage, le 31 mai 2024, des comptes nationaux en « base 2020 » a plusieurs conséquences sur les valeurs ajoutées en volume (retraités de l’effet des évolutions de prix) des différents secteurs de l’économie française. L’année de référence pour le chaînage des prix passe de 2014 à 2020 : la comparaison directe des séries entre ancienne et nouvelle bases revient à comparer des séries respectivement déflatées avec un indice de prix en base 2014 et avec un indice de prix en base 2020. De plus, des révisions méthodologiques conduisent également à revoir la façon dont sont comptabilisées la production et les consommations intermédiaires dans chaque secteur, ce qui a in fine des conséquences sur leur valeur ajoutée. Au total, la valeur ajoutée de l’ensemble de l’économie en 2019 diminue de 18,6 Md€ d’euros (courants, de 2019) entre les deux bases, et la valeur ajoutée des sociétés non financières est particulièrement affectée (−43,5 Md€).

En ce qui concerne les branches industrielles, le changement de base induit une révision de la valeur ajoutée de +4,6 pt de son niveau de 2019. Si le niveau par rapport à 2019 de la valeur ajoutée du secteur énergétique diminue de −1,9 pt entre les deux bases, la valeur ajoutée des matériels de transports quant à elle augmente de 26,2 pt. Cela pourrait faire écho à un changement méthodologique dans la comptabilisation de la production aéronautique, rattachant l’assemblage d’avions en Allemagne et en Chine par Airbus à l’activité française, Airbus Commercial Aircraft étant considéré comme le donneur d’ordre industriel.

Le changement de base revient également sur les évolutions relativement à 2019 de la valeur ajoutée manufacturière, qui retrouve désormais ce niveau beaucoup plus complètement dès 2021, et tout à fait courant 2023. Ce rattrapage et surtout sa révision concerne avant tout le secteur des matériels de transport, où les révisions sont particulièrement fortes. A noter que, si la valeur ajoutée totale a rattrapé ses niveaux d’avant-crise, la production et les consommations intermédiaires, restent toutes deux nettement sous leur niveau 2019.

Un autre secteur industriel ayant connu de fortes révisions est le secteur de l’énergie, qui voit sa valeur ajoutée chuter plus nettement en 2022 mais aussi rebondir plus fortement ensuite, sans que l’écart entre 2019 et le 1er trimestre 2024 soit beaucoup affecté. Autrement dit, le changement de base apporte des modifications considérables sur la dynamique du secteur pendant la crise énergétique, celle-ci le frappant bien plus fort qu’initialement estimé, mais restant temporaire.