Le séminaire Fourgeaud du 23 septembre 2020 a eu pour thème Innovation et inégalités sur le marché du travail.

Tout d’abord Chloé Mas (OCDE) et Romain Faquet DG Trésor)  ont présenté les résultats d’une étude réalisée avec Guillaume Roulleau (DG Trésor)  intitulée « L’innovation en France peut-elle bénéficier aux employés peu qualifiés ?« .

Ensuite Mathilde Guergoat-Larivière, Malo Mofakhami et Christine Erhel (Cnam, LIRSA, CEET) ont exposé les principaux enseignements d’une étude réalisée avec Richard Duhautois (Cnam, LIRSA, CEET) intitulée « Des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, mais pas pour tous : les effets de l’innovation dans les entreprises françaises ».

La discussion a été introduite par Grégory Verdugo (Université d’Evry-val d’Essonne, Paris Saclay, OFCE).


1er exposé : présentation orale de Chloé Mas et Romain Faquet  
L’innovation en France peut-elle bénéficier aux employés peu qualifiés ? : papier de Chloé Mas, Romain Faquet et Guillaume Roulleau.

2nd exposé : présentation orale de Mathilde Guergoat-Larivière, Malo Mofakhami et Christine Erhel.
Des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, mais pas pour tous : les effets de l’innovation dans les entreprises françaises : papier de Richard Duhautois, Christine Erhel, Mathilde Guergoat-Larivière et Malo Mofakhami.

 

Discussion de Grégory Verdugo.

 

Intervenants au séminaire Fourgeaud du 23/09/20

Sur la photo : Grégory Verdugo, Chloé Mas, Romain Faquet, Christine Erhel, Malo Mofakhami  et Mathilde Guergoat-Larivière.

 

Voici un bref résumé des études présentées :

« L’innovation en France peut-elle bénéficier aux employés peu qualifiés ? », par Chloé Mas, Romain Faquet et Guillaume Roulleau

P. Aghion, A. Bergeaud, R. Blundell et R. Griffith (2019) ont montré sur données britanniques que les firmes innovantes rémunèrent mieux leurs salariés et que ce gain est relativement plus élevé pour les travailleurs peu qualifiés. Nous répliquons ce papier sur données françaises afin de tester la robustesse des résultats.

Nous construisons un panel cylindré de 682 355 salariés travaillant dans 318 442 firmes différentes sur la période 2009-2014. L’analyse descriptive montre qu’en moyenne, le salaire des individus travaillant dans les firmes innovantes est supérieur à celui des individus dans les firmes non innovantes. Un individu travaillant dans une entreprise aux dépenses de R&D médianes gagne en moyenne 30 % de plus qu’un individu travaillant dans une firme n’effectuant pas de dépenses de R&D. Plus la firme est innovante, plus la différence salariale est importante : un individu travaillant dans les 5 % de firmes les plus intensives en R&D gagne en moyenne 68 % de plus qu’un individu travaillant dans une firme n’effectuant pas de R&D. Une régression à effets fixes du salaire sur l’intensité de R&D contrôlant des caractéristiques individuelles confirme que l’élasticité du salaire par rapport l’intensité en R&D est positive et d’autant plus élevée que l’individu est peu qualifié. Ainsi, le salaire est 1,6 fois plus élastique à l’intensité R&D pour les individus peu qualifiés que pour les individus moyennement ou hautement qualifiés. Ce résultat est conforme à celui d’Aghion et al. mais la sensibilité du salaire à l’intensité R&D comme le gain relatif des peu qualifiés sont toujours plus faibles sur données françaises. Nous expliquons enfin que ces résultats devraient être interprétés avec prudence, aussi bien aussi sur données françaises que britanniques.


« Des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, mais pas pour tous: les effets de l’innovation dans les entreprises françaises », par Richard Duhautois, Christine Erhel, Mathilde Guergoat-Larivière et Malo Mofakhami 

Les auteurs analysent l’effet de l’innovation technologique sur l’emploi et la qualité de l’emploi, sur la base de données appariées d’entreprises françaises (enquête communautaire sur l’innovation, données administratives et fiscales), et en utilisant un modèle d’appariement avec différences de différences. Dans l’ensemble, ils constatent que les innovations de produit augmentent l’emploi et certaines dimensions de la qualité de l’emploi, telles que le nombre de contrats permanents et les heures de travail. Les auteurs considèrent cependant que ce cercle vertueux entre innovation, emploi et qualité de l’emploi doit être nuancé pour deux raisons. Premièrement, tous les groupes sociaux ne bénéficient pas de l’innovation, car les créations d’emplois concernent moins les travailleurs peu qualifiés, et ceux-ci subissent parfois un impact négatif en termes de salaires. Deuxièmement, les effets positifs de l’innovation apparaissent principalement dans le secteur manufacturier et non dans les services. Les politiques publiques doivent donc prêter attention aux conséquences de l’innovation sur l’ensemble des travailleurs et des secteurs afin de garantir que l’innovation profite à tous.

 

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Ce séminaire généraliste de la direction générale du Trésor est un lieu d’échanges de tous ceux qui participent au progrès de l’économie quantitative : membres de l’administration économique, universitaires, économistes de banques ou d’entreprises, représentants d’institutions économiques et financières internationales, etc. À tonalité scientifique, ce séminaire cherche à favoriser la réflexion sur les grandes questions économiques, notamment de politique économique, ainsi qu’à faire progresser les méthodes permettant d’analyser ces questions. Les thèmes abordés couvrent l’ensemble des domaines d’intervention de la direction générale du Trésor et font l’objet d’exposés présentés tant par ses membres que par des spécialistes extérieurs.

Crédit photo : © Gézelin Grée, Secrétariat général des ministères économiques et financiers, droits réservés.