Le système de règlement en temps réel de l’Eurosystème, autrement connu sous le nom TARGET2 (pour Trans-European Automated Real-time Gross settlement Express Transfer system en anglais) permet le règlement de transactions financières entre banques commerciales situées dans des pays différents de la zone euro via un système de compensation entre les banques centrales nationales (BCN) et la Banque centrale européenne (BCE). L’ensemble de ces transactions s’accumulent en termes nets sous la forme de soldes qui figurent à l’actif ou au passif de chaque BCN.

Les soldes TARGET2 sont donc le reflet comptable des relations économiques et financières transfrontières impliquées par la liberté de circulation des capitaux en zone euro. Au-delà des échanges de biens et services, ou des investissements de portefeuille, ces soldes rèfletent des flux de liquidité de nature très variée : échanges de liquidité au sein d’un même groupe bancaire dont les filiales ou succursales participent à TARGET2 via des BCN différentes, flux découlant des mesures de politique monétaire non-conventionnelle, ou encore flux « techniques » liés à la localisation des comptes pour les opérations de règlement-livraison de titres.

L’évolution des soldes TARGET2 a connu plusieurs phases bien distinctes depuis la création de l’euro. Avant 2008, ceux-ci étaient quasiment nuls : les déséquilibres courants entre pays de la zone euro étaient compensés par des transferts de liquidité sur le marché interbancaire. À la suite de la crise financière de 2008 et de la crise des dettes souveraines en 2012, les soldes TARGET2 ont fortement augmenté sous l’effet des tensions sur le marché interbancaire et de la fuite de dépôts de pays « périphériques » (Italie, Grèce, Espagne, Portugal, Irlande) vers des pays « cœur » (Allemagne, Pays Bas, Luxembourg), avant de redescendre progressivement. Depuis 2015, les soldes s’accentuent de nouveau avec la conduite des programmes d’achats de la BCE. Ils reflètent aujourd’hui bien davantage les différences de taille des places financières européennes que des tensions sur les marchés, une fragmentation du marché interbancaire ou des fuites de capitaux.

Ces soldes devraient se résorber avec la fin progressive des programmes d’achats de la BCE et, plus généralement, au fur et à mesure des progrès de l’Union bancaire et l’Union des marchés de capitaux.

 

 

 

 

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+ Autres publications à consulter sur le sujet :

Auer R. A. (2014), “What drives TARGET2 balances? Evidence from a panel analysis“, Economic Policy, 29(77), 139-197.
Eisenschmidt J., Kedan D., Schmitz M., Adalid R. & P. Papsdorf (2017), “The Eurosystem’s asset purchase programme and TARGET balances“, ECB Occasional Paper (196).
Grossmann-Wirth V. et B. Hallinger (2018), Billet n°93 : Politique monétaire et concentration de la liquidité en zone euro, Bloc-notes Eco, Banque de France.

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